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mercredi 9 juillet 2008

Vous pouvez aider les abeilles












Vous pouvez aider les abeilles


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Écrit par Mistigreen / 02 juillet 2008




Partout sur la planète, les abeilles meurent, disparaissent par milliards. C'est une véritable épidémie qui se propage de ruche en ruche et, bien sûr la France n'est pas épargnée avec des pertes allant de 15% à 95% selon les cheptels. Les scientifiques appellent cela le syndrome d'effondrement. Or, sans les abeilles : ni pollinisation, ni fruits, ni légumes, puisque plus 80% des espèces végétales ont besoin des abeilles. Selon Bernard Vaissière, spécialiste de la pollinisation à l'INRA, la disparition des abeilles de la planète n'est pas une hypothèse futuriste ; notre agriculture, notre nourriture risquent d'être bouleversée. Destruction des sites de nidification, épandage de pesticides, production de bio pesticides par les OGM, virus, champignons, parasites, multiplication des émissions électromagnétiques, qu'est ce qui est l'origine de ce déclin ? Vraisemblablement une combinaison de tous ces agents. Selon le professeur Joe Cummins de l'université d'Ontario il semble que les pesticides agissent en synergie avec d'autres agents dévastateurs. Alors comment aider les abeilles, voici quelques actions à la portée de tous.


1 - Vive les pelouses fleuries !


Non seulement elles sont belles et colorées, mais vous prendrez un très grand plaisir à observer les abeilles butiner de fleurs en fleurs. Pour cela, réduire le nombre de tontes de sa pelouse pour laisser monter et fleurir les graminées et les fleurs qu'elle contient, celles ci seront sources de nectar et de pollen. Les abeilles raffolent des fleurs de trèfle et du pissenlit. Et pourquoi ne pas aller plus loin et semer des graines pour prairies fleuries, vous serez enchanté du résultat. De ravissants mélanges tout prêts sont proposés par les semenciers. Reportez-vous de toute urgence à notre article Adieu le green de papa, vive la pelouse écologique. Voir dans les boutiques Botanic, ou par Internet Plantes et Jardins, Semences Vertes ou Achatnature.com


2 - Si vous voyez un essaim d'abeilles


Prévenez l'apiculteur le plus près de chez vous il sera ravi de venir le mettre à l'abri avec ses ruches. Et si vous n'êtes pas sûr de savoir faire la différence entre un nid de guêpes, un essaim de frelons ou un essaim d'abeilles, n'hésitez pas pour autant, vous apprendrez quelque chose.


3 Offrez-leur des fleurs


Offrez des fleurs aux abeilles et sélectionnez pour votre jardin ou votre balcon des fleurs mellifères, qui leur seront profitables : mélilot, bourrache, trèfle, angélique, souci, coquelicot, ..... Vous trouverez deux listes sur le site Jachères Apicoles : l'une pour les sols secs et calcaires, l'autre pour les sols humides et frais :


4 - Supprimer les pesticides de synthèse


Il est impératif de supprimer l'usage des pesticides dans votre jardin car les abeilles sont totalement démunies face à ces substances toxiques. Facile à dire, mais que faire lorsqu'on doit faire face à une invasion massive de pucerons ou autre parasite ? Il existe des solutions « douces » à base de savon noir ou de cuivre (bouillie bordelaise) et si rien n'y fait, Botanic enseigne de jardinerie a largement développé son offre de traitements à base de produits d'origine biologique, vous y trouverez nécessairement votre solution. Sachez aussi que le passage à un jardin sans pesticide peut être difficile au début parce précisément les pesticides ont déséquilibré les rapports entre les espèces. Donc ne dites pas, "je ne m'en sortirai jamais" face à une invasion d'insectes. Laissez revenir les prédateurs naturels, dont les oiseaux, et les chauves-souris. Il faudra du temps, mais la nature s'est passée de nous pendant des centaines de millions d'années, c'est elle qui a les recettes. Essayer aussi de convaincre vos voisins.


5 - Proposez un refuge aux abeilles sauvages.


Moins connus que les nichoirs pour oiseaux mais tout aussi utile, sont les nids à abeilles solitaires. En effet plusieurs centaines d'espèces d'abeilles sauvages existent qui ne vivent pas en colonie dans une ruche. Ce sont ces espèces qui profiteront de votre nid. Le site Jachères Apicoles donne tous les conseils pour réaliser un nichoir qui attirera les abeilles.


6 - Fleurissez vos haies.


Les haies sont des refuges de biodiversité à elles toutes seules : sources de nourriture pendant leur floraison, et abri pour la nidification pendant toute l'année, à condition de mélanger les espèces végétales. A proscrire les haies mono-spécifiques de thuya qui ne proposent aucun pollen ou nectar.


7 Devenez-vous même apiculteur.


C'est une activité passionnante ! Vous trouverez les conseils de professionnels ainsi que le matériel nécessaire, sur le portail www.beekeeping.com. Pour vous initier il existe des ruchers écoles qui proposent des cours d'apiculture animés par la Société Centrale d'Apiculture ; par exemple, en région parisienne au jardin du Luxembourg, au Parc Georges Brassens ou au Parc de St Cloud.




8 - Mangez du miel de votre région.


Pourquoi faire venir du miel de Chine ou de Hongrie alors que notre pays regorge d'apiculteurs qui produisent un merveilleux miel, souvent bien plus savoureux que les miels d'importation. Vous trouverez ces miels locaux dans les boutiques bio et diététique (Naturalia, Biocoop, La Vie Claire, ...) ou sur les marchés de nos régions. Vérifiez-bien la provenance sur l'étiquette, miel de France ou miel du Gâtinais ne suffisent pas. Doivent figurer le nom de l'apiculteur et son adresse. A l'occasion appelez-le pour discuter, il sera aux anges et vous fera partager sa passion en vous indiquant quels sont ces meilleurs miels pour l'année en cours. Préférez les miels d'arbres comme le miel de châtaigniers ou le miel d'acacias, ou encore les miels de montagnes ou de landes, car les fleurs dont ils proviennent sont moins sujettes à recevoir des pesticides en provenance d'exploitation agricoles voisines.


9 - Dites-le à Monsieur le Maire


Encouragez les autorités locales à préserver les prairies naturelles, à ne faucher les talus qu'une fois par an, à planter des espèces végétales mellifères dans les espaces publics ou sur les ronds-points.


10 - Devenez Bee Friendly


Et comme on aime bien que ce que l'on connait bien, découvrez le monde facinant des abeilles au travers de lectures, visites, vidéo. Après avoir vu le dessin animé BeeMovie, drôle d'abeille, réalisé par les studios Dreamworks vous n'aurez plus envie d'écraser une abeille qui se serait introduite dans votre voiture ou dans votre chambre !


11 - Découvrez la cuisine à base de miel.


Outre son goût délicieux, le miel a bien des vertus nutritives et médicales. Il est moins calorique que le sucre en poudre car bien plus sucré à quantité égale, facile à digérer car assimilé très rapidement par l'organisme et il contient des vitamines B6, C, du calcium, des minéraux. Le Monde des abeilles propose plein de recettes à base de miel .


Liens Utiles aux amis des abeilles


Le Réseau pour la Biodiversité des Abeilles propose au travers de son site Jachères Apicoles une multitude de conseils pour subvenir aux besoins des abeilles


Bernard Vaissière, chercheur à l'INRA, Laboratoire de Pollinisation Entomophile .


Alarm , projet européen sur la biodiversité.


Beekeeping , le portail de l'apiculture, des abeilles et du miel


Quand un fabriquant se mobilise pour défendre les abeilles, son principal fournisseur, cela donne le très joli site d' Häagen Dazs

Fleur du male

En dix ans, 300 000 ruches françaises ont disparu. Pour les apiculteurs, le coupable ne fait pas de doute: une nouvelle génération de pesticides. En retirant le produit, le ministre de l'Agriculture semble leur donner raison. Mais, en autorisant l'écoulement des stocks, il prolonge une hécatombe de moins en moins mystérieuse

C'est un feuilleton qui dure depuis dix ans. Depuis l'été 1994, quand, pour la première fois, des abeilles meurent d'avoir butiné les inflorescences des tournesols. Cette année-là, la firme Bayer vient de commercialiser un nouvel insecticide, le Gaucho, à base d'imidaclopride, une molécule hautement toxique utilisée pour enrober les semis de tournesol. Une nouvelle génération de pesticides dits «systémiques» parce qu'ils protègent la plante de la graine à la fleur, durant toute sa croissance. Si bien que le pollen des grands capitules jaunes, les plus mellifères qui soient, en est tout imprégné, exposant les abeilles à une contamination mortelle. La bataille va alors s'engager entre les apiculteurs français et les géants de l'industrie phytosanitaire. Un combat inégal, qui a vu disparaître 300 000 ruches (1,4 million en 1994, 1,1 million aujourd'hui), et 10 000 entreprises apicoles mettre la clef sous la porte. Suspendu en 1999 pour le traitement du tournesol par le ministère de l'Agriculture, le Gaucho a cédé la place au Régent TS, fabriqué par BASF. Et rien n'a changé. Dans certains départements, comme la Vendée ou la Charente, de 30 à 40% des butineuses de tournesol sont chaque année décimées. Le 23 février, le ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard, a finalement suspendu la commercialisation des insecticides à base de fipronil, dont le Régent TS. Une décision intervenant une semaine après celle, identique, du juge Jean Guary de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), qui mettait également en examen BASF, Bayer et leurs dirigeants pour «mise en vente de produits toxiques». Mais, en autorisant les agriculteurs à utiliser les semis déjà acquis, Hervé Gaymard a plongé toute la filière apicole dans la perplexité et sans doute condamné des millions d'abeilles à la mort. Plus inquiétant encore: des voix commencent à dénoncer la dangerosité pour l'homme de ces superpesticides.

Que s'est-il passé du côté du Gers et de la Haute-Garonne entre le 20 mars et le 10 avril 2002? La terre s'éveille après l'hiver, les grands tracteurs sillonnent les champs pour semer du tournesol. Les nombreuses ruches de la région bourdonnent des allers et venues des butineuses. Puis se taisent brutalement. Des centaines de milliers d'abeilles sont foudroyées en quelques jours, victimes d'un mal mystérieux. Pour les apiculteurs, l'hécatombe n'est qu'un épisode de plus, de trop, dans la guerre qui les oppose aux pesticides. Des plaintes sont déposées, un juge d'instruction de Saint-Gaudens est saisi.

Bien vite, les apiculteurs mettent le juge sur la piste d'un suspect: le Régent TS, un pesticide à base de fipronil commercialisé par la firme BASF. Comme le Gaucho, ce produit enrobe les graines de tournesol. Mais, à la différence de celui-ci, le Régent n'est prétendument pas systémique, c'est-à-dire qu'on ne devrait pas retrouver ses principes actifs dans la plante. BASF affirme que le produit, censé protéger la graine contre la vermine souterraine, ne peut en aucun cas contaminer le pollen. Pourtant, les apiculteurs évoquent deux modes de contamination possibles: la diffusion dans l'air de poussières de fipronil au moment des semis - phénomène mis en cause dans l'affaire du printemps 2002 - et l'intoxication des abeilles en été, période du butinage.

Les firmes BASF et Bayer plaident l'innocuité de leurs produits sur les abeilles et se défendent en mettant en cause les apiculteurs français: pour Emmanuel Butstraen, président de BASF Agro, «la surmortalité des abeilles serait plutôt due à la raréfaction des plantes mellifères, notamment le trèfle, à la réduction des surfaces cultivées en tournesol ou à des parasites, tel le varroa, ou encore à des maladies, comme la loque». Pour preuve, les dirigeants de BASF et Bayer avancent que les Vosges et la Corse, où les produits ne sont pas diffusés, connaissent les mêmes taux de mortalité. «Faux! rétorque Dominique Roussel, apiculteur vosgien affilié à la Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales [Fnosad]. Nous n'avons que 10% de mortalité. Rien à voir avec les 30 à 40% des régions utilisant le Régent.» Même constat chez Henri Clément, apiculteur dans le parc des Cévennes et vice-président de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf): «Je ne déplore que 4 à 5% de mortalité annuelle, alors que mes confrères en sont à 25 à 40% dans les régions exposées.» Bayer l'a traîné en justice pour «dénigrement» du Gaucho, après que l'apiculteur eut accusé l'insecticide de tuer les abeilles - mis en délibéré, le jugement sera rendu le 21 avril.

Bayer, comme BASF, invoquent un problème franco-français, irrationnel. Emmanuel Butstraen argue que le fipronil est utilisé dans 70 autres pays sans causer aucun problème. Or, sous la forme Régent TS, il n'est en fait commercialisé que dans sept autres pays. Et le surcoût élevé qu'il entraîne (environ 23 euros par hectare traité) pourrait expliquer que, contrairement à la France, où l'on estime entre 80 et 90% le taux de semences de tournesol traitées, l'Espagne ou l'Italie, autres grands producteurs européens de miel, en usent avec plus de modération. Par ailleurs, aux Etats-Unis, l'Etat de Floride déconseille d'utiliser du fipronil à proximité des ruches. Des éleveurs d'écrevisses de Louisiane ont, quant à eux, observé en 1999, 2000 et 2001 une surmortalité importante de leurs crustacés après traitement au fipronil des cultures de riz environnantes.

Henri Clément rappelle que, en avril 2003, lors d'un colloque «Apiculture et pesticides», les organisations syndicales apicoles et les producteurs de miel d'Espagne, de Belgique, d'Allemagne, d'Italie, de France et de Suisse ont demandé d' «interdire sans délai la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques systémiques neurotoxiques mettant notamment en œuvre les matières actives imidaclopride et fipronil». Le Belge Etienne Bruneau, ingénieur agronome et responsable du Centre apicole de recherche et d'information, tire la sonnette d'alarme: «A ce rythme, dans dix ans, il n'y aura plus d'abeilles en Belgique.»

En France, les experts qui contredisent les études produites par BASF sont légion: «Nous avons retrouvé du fipronil dans le pollen, à raison de 0,1 microgramme par kilo, explique le Pr Jean-Marc Bonmatin, chimiste et spécialiste des abeilles au CNRS d'Orléans. Or, en nourrissant les abeilles avec une nourriture contenant cette quantité de fipronil, on reproduit en quelques jours les perturbations observées par les apiculteurs.» Lors des deux hécatombes du Sud-ouest de 2002 et 2003, on a retrouvé des traces de fipronil dans le cadavre des abeilles: «Les teneurs décelées s'échelonnaient de 2,1 à 14,3 milligrammes de fipronil et de son principal métabolite par kilo, et pouvaient expliquer ce phénomène massif de mortalité», indique un document de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). En décembre, le Pr Gérard Arnold, biologiste au CNRS, a rendu, à la demande du juge de Saint-Gaudens, un rapport confirmant la diffusion dans l'air de particules de fipronil au moment des semis et le danger persistant que constitue leur retombée sur l'air et les plantes.

«Si l'abeille venait à mourir, l'homme n'aurait plus que quelques années à vivre», prophétisait Albert Einstein. Pour Gérard Arnold et l'expert en toxicologie Jean-François Narbonne, lui aussi auteur d'un rapport commandé par le juge Guary, le fipronil et l'imidaclopride présentent un danger pour les humains. «Ces produits se stockent dans le lait, les matières grasses, les végétaux», affirme le Pr Narbonne, qui plaide pour que des études soient réalisées sur leur présence dans l'alimentation humaine et leurs effets sur l'organisme, au même titre que les dioxines et les PCB (polychlorobiphényles).

Jean-Claude Cauquil ne doute pas un instant de la nocivité pour l'homme du fipronil. Quand, en avril 2002, 432 de ses 520 ruches ont été brutalement anéanties, cet apiculteur de Larra (Haute-Garonne) s'est lui-même retrouvé couvert d'œdèmes et atteint de prurit, les yeux enflés et la bouche sèche, pris de nausées. Comme son épouse et sa fille. Comme d'autres apiculteurs et agriculteurs qui, eux aussi, souffrent depuis de troubles hépatiques et neuromusculaires inconnus et invalidants. «L'Association de défense des victimes de pesticides agricoles, dont je suis en train de déposer les statuts en préfecture, a d'ores et déjà recensé une cinquantaine de cas», explique Cauquil.

Un problème pris très au sérieux par la Mutuelle sociale agricole (MSA), qui a lancé le 11 février 2004 un numéro vert (0800-887-887) pour permettre aux malades de se signaler et d'identifier leurs maux: la ligne reçoit une dizaine d'appels quotidiens. En 1999, une étude de la MSA évaluait déjà à 20% le nombre d'utilisateurs de produits phytosanitaires souffrant de troubles divers. La médecine commence à se pencher sérieusement sur la question. Le Pr Charles Sultan, chef du service d'endocrinologie pédiatrique au CHU de Montpellier, a ainsi invoqué le rôle des pesticides dans l'accroissement du nombre de malformations sexuelles chez les nouveau-nés: il s'avère que les parents exposés aux pesticides, fongicides ou herbicides ont quatre fois plus de risques de donner naissance à des bébés souffrant de malformations sexuelles: micro pénis, pseudohermaphrodisme, etc. Par ailleurs, le Pr Sultan relie «l'exposition précoce à ces composés et l'appauvrissement du sperme, l'augmentation du nombre de cancers du testicule ou du sein, dont le nombre a été multiplié par cinq en douze ans».

De là à se poser des questions sur le Régent et sur le Gaucho... Devant le juge Guary, le cancérologue Dominique Belpomme a franchi le Rubicon, en invoquant le légitime principe de précaution à observer dans l'usage de ce type de molécules, qui se stockent dans les graisses de l'organisme. Selon lui, la mort des abeilles est un «signe d'alarme» qui devrait entraîner un retrait immédiat du produit. C'est désormais chose faite. Sauf qu'Hervé Gaymard a autorisé les agriculteurs à écouler leurs stocks présents de semis traités au Régent. Et que l'imidaclopride, la molécule du Gaucho, prohibée en France pour traiter le tournesol, reste néanmoins massivement employée dans la culture du maïs, du blé, de l'orge, de la betterave, ainsi qu'en arboriculture. Comme le souligne la Confédération paysanne, qui réclame l'interdiction des deux produits, leur mise sur le marché semble semée d'irrégularités: «Le ministre interdit le Régent, mais celui-ci est déjà illégal!» s'exclame Jean-Baptiste Malraux, l'un des responsables du syndicat agricole.

En effet, le Régent dispose depuis 1995 d'une autorisation provisoire de vente (APV) de quatre ans, théoriquement renouvelable une seule fois pour un délai de deux ans. Or les conditions d'obtention de cette autorisation sont bien moins drastiques que celles qui sont requises pour une autorisation de mise sur le marché (AMM) d'un produit phytosanitaire, et la toxicité du fipronil n'aurait pas dû donner lieu à la délivrance d'une APV. De plus, le ministère de l'Agriculture a, en novembre 2003, reconduit l'autorisation jusqu'en... 2005. Entendu par le juge Guary, Yves Schenfeigel, chef du bureau de la réglementation des produits antiparasitaires à la Direction générale de l'alimentation, a fini par reconnaître que ses services - trois fonctionnaires pour 20 000 demandes d'autorisation par an - sont «dans l'incapacité de remplir leur mission».

Fin 2005, l'Union européenne aura établi une liste commune de produits toxiques autorisés, la Dangereuse Préparation Directive. Pour y inscrire un produit, les fabricants doivent en faire la demande auprès de leur pays, lequel doit ensuite mettre en œuvre les études nécessaires pour en évaluer la toxicité. La France, pays rapporteur pour le fipronil, a réclamé une expertise à la Commission d'étude de la toxicité (Comtox). Cette dernière a conclu le 29 janvier que le fipronil ne devrait pas figurer sur cette liste de produits autorisés, compte tenu des «préoccupations majeures pour l'environnement et les espèces sauvages» qu'il engendre. Depuis dix ans, les apiculteurs ne disent pas autre chose.

Post-scriptum
Les Français consomment entre 30 000 et 40 000 tonnes de miel chaque année. La France en produit 25 000 tonnes et en importe presque autant. Rarement vendu sous cette appellation, le miel de tournesol représente, pourtant, la part la plus importante de la production française.